Lundi 28 avril : arrivée à Lisbonne



Ce matin, c'est le grand départ ! 

Après avoir laissé la voiture à Rezé chez Marie et François (ma soeur et mon beau-frère, notre "relais" en Loire-Atlantique), nous passons l'après-midi à l'aéroport de Nantes. On nous avait prévenus : "Arrivez en avance, risque d'affluence pendant les vacances scolaires." C'était bien la peine !

Vol sans histoire (le premier d'une longue série) jusqu'à Lisbonne où nous arrivons vers 19h heure locale. Cette année, nous n'aurons aucun problème avec les décalages horaires : sans doute avons-nous enfin compris le fonctionnement des fuseaux...

L'aéroport de Lisbonne est un vrai labyrinthe. Bagages récupérés, la dame du point information nous indique notre hôtel, à 3 km. Nous nous y rendons à pied. Il est situé dans une zone industrielle plus ou moins en construction. Comme nous le constaterons plus tard, c'est Lisbonne tout entier qui est en construction. Malgré sa situation, c'est un hôtel 3 étoiles assez chic. 

Nos estomacs criant famine, nous partons à la recherche d'une pitance. A l'entrée d'un petit restaurant, le tenancier nous hèle en anglais (nous sentons le touriste à 20 lieues, apparemment) et nous montre les grillades qu'il propose. Nous entrons. Au menu : brochettes de porc à l'ananas accompagnées de riz. Fameux et nourrissant ! 
Pour cette première soirée, nous nous frottons à la langue portugaise : ce n'est pas évident, je n'ai que 30 leçons à mon actif...

Mardi 29 avril : de Lisbonne à Angra do Heroísmo



Le réveil sonne à 5h15 car nous devons prendre la navette de l'hôtel pour aller à l'aéroport. Le chauffeur n'a que nous à transporter, il nous parle même en français ! A l'aéroport, nous prenons le temps de petit-déjeuner avant d'embarquer. Et maintenant, direction les Açores !!

2 heures de vol et un deuxième petit déjeuner plus tard (offert par la compagnie d'aviation TAP), nous atterrissons à Ponta Delgada, sur l'île de São Miguel (au sud-est de l'archipel). Nous n'avons que quelques heures d'escale avant de redécoller pour Terceira (au nord-est de l'archipel).

Nous quittons l'aéroport avec nos gros sacs à dos. Une voiture s'arrête à notre hauteur et un jeune couple propose de nous emmener au centre-ville, 4 km plus loin. Nous n'avions rien demandé ! Pour notre premier contact avec eux, nous trouvons les Açoréens très accueillants. La suite le confirmera. Cependant, nous refusons : nous ne pensons pas avoir le temps d'aller en ville, même en voiture, puis d'en revenir. En réalité, nos pas nous conduiront jusqu'aux faubourgs de Ponta Delgada. Tant pis.
Là, nous découvrons un bord de mer très industrialisé, mais où passent de nombreux Puffins cendrés, espèce rarement observée depuis les côtes de France. Quelques dauphins se laissent également admirer.

Le vent se lève, nous craignons l'approche d'un bouillard, alors nous rentrons aussi vite que possible à l'aéroport. De toute façon, il est l'heure d'enregistrer nos bagages avant l'embarquement... qui se fait attendre une heure ! Nous en profitons pour observer les oiseaux qui volent au-dessus du tarmac (notamment une Buse variable ssp Rothschildi) et les véhicules bizarres qui roulent dessus.

Enfin, nous atterrissons sur l'île de Terceira, à Lajes exactement. Nous sommes sur l'aéroport militaire, où une petite zone est ouverte à l'aviation civile. Notre première action : la location d'un véhicule, une Suzuki Alto gris rose. Deuxième action : dénicher une carte de l'île. La combinaison des deux nous mène à Praia da Vitória, le principal bourg de la côte est (et deuxième ville de Terceira), jolie bourgade avec son front de mer et ses rues pavées qui grimpent sur la colline. Jumelles autour du cou, nous laissons la voiture et partons pour un petit tour de découverte de la ville : le port et la digue, la marina (où attendent des voiliers immatriculés à La Rochelle !), puis le miradouro (= belvédère) auquel on accède par des escaliers gigantesques. 
Avant de quitter Praia, nous faisons halte au bord d'un petit marais. Et là, parmi les foulques et les canards moches nous attend une petite surprise : un Chevalier sylvain ! Jolie obs !

A côté de Praia da Vitória se trouve un spot ornithologique connu, l'ancienne carrière de Cabo da Praia. Des limicoles américains y sont réguliers observés ; nous avons repéré le site avant notre départ. Après plusieurs demi-tours, nous voilà enfin sur zone. "Zone" est bien le mot qui convient : nous sommes dans un espace industriel peu ragoûtant, pas le genre d'endroit où on s'attend à admirer des oiseaux. Pourtant, il y en a pas mal ici : des Bécasseaux sanderlings, des Grands Gravelots, des Gravelots à collier interrompu, sans doute un Gravelot semipalmé (rare) et même un très rare Bécassin à bec court !! Limicole américain, il avait été observé ici depuis quelques temps, mais nous ne pensions pas tomber sur lui si facilement. 

Nous suivons ensuite la route littorale jusqu'à Angra do Heroísmo, la ville principale de l'île, sur la côte sud. Alors que nous cherchons un hôtel et hésitons sur la direction à prendre, une dame nous aborde (en portugais puis en anglais) et nous indique le A Ilha, une pension modeste, mais tout à fait correcte.
Nous ressortons pour visiter la ville. Au-dessus de la plage, nous profitons du paysage grâce à un ensemble de passerelles. Nous dînons ensuite au O Chico, où le poisson grillé est délicieux.

Après, il nous faut remonter à la voiture, garée sur un parking en périphérie du centre-ville. C'est un peu loin, mais c'est aussi bien comme ça car le centre-ville est bourré de sens interdits et de nombreuses rues sont piétonnes ou semi-piétonnes. Nous y récupérons nos gros sacs à dos. De retour à l'hôtel, Antoine envoie immédiatement un mail à l'association qui centralise toutes les observations ornithologiques des Açores : il est temps de signaler nos obs d'oiseaux rares de la journée...

Mercredi 30 avril : sur Terceira

Si ma montre est bien à l'heure des Açores, ce n'est pas le cas de mon cerveau. Résultat : je me perds dans les sonneries de cloches et me lève bille en tête à 7h30, persuadée qu'il est 8h30 dépassés. C'est malin.

Aujourd'hui, nous partons dans l'ouest de Terceira. Nous longeons la côte sud-ouest de l'île avant de piquer vers  l'intérieur des terres et la montagne. Plus nous montons, plus le brouillard se fait dense. Ca viroune et ça grimpe sec ; notre petite Alto a un peu de mal dans les virages. Enfin, nous voilà au sommet de l'île, sur la Serra Santa Barbara (1021 m). Nous sommes complètement dans le brouillard ! Malgré tout, nous faisons quelques pas sur la crête, qui est en réalité le bord de la caldeira. Le sol est très humide et spongieux. Les oiseaux n'ont pas l'air rebutés par le brouillard : nous voyons des merles, pinsons et Roitelets huppés. 

En redescendant, nous nous arrêtons dans une forêt de conifères (des sortes de thuyas). De nombreux oiseaux chantent, mais nous n'arrivons à voir que des merles, des pinsons pâlichons (de la sous-espèce moreletti, endémique),  et des bergeronnettes des ruisseaux. L'impression de froid est accentuée par l'humidité du brouillard, alors nous redescendons vers la côte, où le ciel est plus dégagé. 
Nous pique-niquons à la Ponta da Serreta, entre d'anciennes coulées de lave. Mais le basalte est une roche abrasive, si bien que, pour m'être assise sur les rochers, je me retrouve avec un pantalon troué... Du dernier chic volcanique ! 
Devant nous volent plein de sternes ; les Bergeronnettes des ruisseaux sont présentes jusqu'au bord de la mer. Près de là, nous admirons les falaises de basalte qui abritent les nombreux dortoirs de goélands. 

Nous nous arrêtons à nouveau un peu plus loin : un miradouro propose une jolie vue sur la mer et sur les champs verts entourés de leurs murets de pierres. Le paysage a quelque chose d'"aranesque" sauf qu'aux îles d'Aran, les champs étaient aussi gris que les murets. 
Nouvel arrêt à Biscoitos où des formations basaltiques ont été aménagées en piscines : on parle, aux Açores, de "piscines naturelles". Comme il fait chaud cet après-midi, c'est l'occasion ou jamais de faire trempette. L'eau de mer est fraîche, mais agréable car réchauffée par le basalte. Nous y resterions bien, mais le ciel se couvre. C'est le problème ici : la météo est extrêmement changeante. Une sorte de Bretagne puissance 10...

Nous retournons à l'intérieur de l'île pour visiter une grotte, l'Algar de Carvão. En réalité, c'est un ancien volcan, actif de 3200 à 1700 BP, nous dit le guide (BP = before present). Ca semble très vieux, mais quand on calcule, ça ne fait que 1200 av.JC à 300 ap.JC. Pas si vieux que ça, en fait... 
Ce volcan est désormais vide : le magma, en cherchant à sortir, a creusé des salles puis une cheminée. En redescendant progressivement, il a en quelque sorte coulé sur les parois. C'est impressionnant. On y observe le plus important gisement de silice visible du monde. Seul bémol : on se disait que le temps brumeux convenait bien à la visite d'une grotte, mais l'eau s'infiltre à travers le sol spongieux, si bien qu'il pleut encore plus à l'intérieur qu'à l'extérieur !! 
Pour continuer sur le même thème, nous nous rendons aux Furnas do Enxofre. C'est un ancien cratère d'où s'échappent des fumeroles de gaz volcaniques soufrés (enxofre = soufre)... et une bonne odeur d'oeuf pourri ! Nous en faisons le tour sur un sentier aménagé : chaque panneau explicatif nous rappelle que ces gaz sont extrêmement toxiques... Un peu à l'écart des fumeroles, la végétation devient vite luxuriante ; on trouve là beaucoup de plantes inconnues ou d'autres qui ne sont connues chez nous que comme plantes d'intérieur. Avec le chant des rougegorges et des pinsons et le coassement des grenouilles, nous avons droit à un bien beau paysage quand la brume se lève.

Avant de rentrer à Angra, nous cherchons un site ornithologique qui, d'après nos informations, doit se trouver au Lagoa do Jinjal. En portugais, "lagoa" signifie "lac" : ça devrait se voir. Mais nous tournons et virons sur les chemins et les petites routes, entre les murets de pierres et les anciens volcans cachés dans la brume, en vain. Tant pis, nous rentrons à Angra do Heroísmo. 

Ce soir, nous décidons de tester un autre restaurant conseillé par le Petit Futé, le "Marcelino's, steak house". Le serveur se montre très sympathique, mais notre commande mettra 1h30 à nous parvenir !! Il est vrai que c'était du poisson, et non de la viande, spécialité de la maison... Agacés, vanés (nous sommes encore sous le coup du décalage horaire), nous avalons rapidement notre poisson et ne tardons pas à rentrer à l'hôtel. 
Je termine la soirée par un peu de couture : je ne tiens pas à continuer le voyage avec un pantalon troué !

Jeudi 1er mai : d'Angra do Heroísmo à Lajes do Pico

Aujourd'hui, c'est notre dernier jour sur Terceira. Cet après-midi, nous prenons l'avion pour la deuxième île du voyage, Pico.
Une fois le petit déjeuner avalé, nous partons visiter la cathédrale d'Angra, construite au XVIème siècle. Elle est simple, pas tellement baroque en comparaison des autres églises visitées au Portugal. Nous parcourons une dernière fois les trottoirs pavés de mosaïques blanches et noires, entre les maisons blanches aux encadrements de portes et de fenêtres peints de couleurs vives. Nous traversons le jardin public, très joli, quasi-paradisiaque : la végétation açorienne nous paraît toujours aussi exotique. 

Avant de quitter Angra, un dernier détour nous mène à la forteresse qui protège et domine la ville, sur le Monte Brasil. Construite sous Philippe II d'Espagne (qui était également roi du Portugal), on dirait chez nous qu'elle est de style "pré-Vauban". Elle abrite encore une base militaire. Nous observons un curieux système de fortifications dans les fossés : dans le fond, un quadrillage de murets a été maçonné. Original !

En remontant vers Lajes et son aéroport, nous faisons halte à la carrière de Cabo da Praia. Là, plus de bécassin, mais des Pluviers argentés en compagnie des tournepierres et des Bécasseaux sanderlings. 
Il est maintenant temps de filer vers la côte nord. Nous dépassons l'aéroport de Lajes et déjeunons au-dessus d'une petite plage. Nous nous pressons, mais en réalité, nous arrivons à l'aéroport largement en avance, même après avoir refait le plein et rendu la voiture. D'autant plus que l'avion, lui, a encore du retard : il ne peut pas décoller tant que les conditions météo sur Pico resteront mauvaises. 
Dès qu'une amélioration se fait enfin sentir, nous décollons. Pendant le vol, nous avons un aperçu de ces fameuse mauvaises conditions météo : les trous d'air sont nombreux, et s'accentuent au fur et à mesure que nous approchons de l'île...

A l'aéroport de Pico, nous découvrons notre nouveau véhicule, une Fiat Panda blanche. Par rapport à la Suzuki, je la trouve nerveuse... tant qu'on ne passe pas la 4ème ! "Tu parles ! Aussi nerveuse qu'un caméléon !" me rétorque Antoine.
Nous commençons l'exploration par la visite de Madalena, la "capitale" de Pico. Euh, "capitale"... C'est une minuscule bourgade composée de l'église, de la mairie, de la pharmacie, du port (en construction), du stade, de la poste, du supermarché, du terrain de jeux pour enfants et de quelques maisons autour. Nous renonçons à y chercher un hôtel. 
Dans le vieux port (un trou d'eau), nage un Fuligule milouinan. D'après nos renseignements, nous attendions un Fuligule à tête noire, mais nous nous "contenterons" de celui-ci, plus commun en France, mais un peu plus rare aux Açores. 

Il est 19h, nous partons pour Lajes do Pico (prononcer "Lajeuch dou Picou") où, a priori, nous devrions trouver un hébergement pour les trois nuits à venir. Pour nous rendre à Lajes, nous empruntons la route du centre de l'île, la Longitudinale, dans le brouillard complet et à bord d'une voiture qui peine à passer les 60 km/h... Sur les bas-côtés, la végétation forme des murs proches du maquis. Bienvenue à Pico !
Ouf, voici Lajes. C'est encore une bourgade pas bien grosse, avec seulement deux rues, une en front de mer et une deuxième parallèle, en arrière. Un port, quelques commerces, bars et restaurants, et surtout des boutiques qui proposent d'aller observer les dauphins et les baleines. Des dauphins, nous en avons vus à Ponta Delgada et à Terceira, mais des baleines, pourquoi pas... Seulement, renseignements pris, la sortie dure deux heures, et il y a un long moment où l'embarcation reste arrêtée en mer. Comme je n'ai pas trop le pied marin, nous nous contenterons de chercher les baleines depuis la côte. 

Sur le front de mer, nous repérons un hôtel conseillé par le Petit Futé. Il est plus cher que le tarif indiqué, mais nous tentons quand même. En vain : il est complet. On nous indique une autre pension, complète également. Toutes ces tractations se passent dans les boutiques de "Whale watching" (= observation de baleines) qui travaillent en lien avec les hôtels. Un vendeur nous indique un troisième hôtel, plus cher, dit-il, et à l'extérieur de la ville. Nous suivons son conseil (et les flèches) et débarquons dans la cour d'un hôtel 4 étoiles, le Adeia da Fonte. Ouh là ! Heureusement, nous avons laissé notre Panda à l'extérieur de la cour...

La réceptionniste cherche un moment avant d'être sûre nous aurons une chambre. Coups de fil, discussion avec un homme qui semble être le patron... Et puis c'est OK pour 80 € (et encore, nous avons eu droit à une ristourne) et une chambre dans un genre de bungalow face à la mer et aux puffins. La classe !! Nous dînons au resto de l'hôtel ; c'est plutôt bon et les serveuses sont francophones. Dans ce restaurant, il n'y a d'ailleurs aucun dîneur portugais : un groupe de trois Français, un couple allemand et un autre couple anglophone. On se croirait dans un village vacances pour touristes fortunés...

Vendredi 2 mai : sur Pico

Nous devons prendre le petit déjeuner dès 8h15 car il faut quitter la chambre tôt pour les clients suivants (qui ont réservé, eux). Ensuite, nous retournons tout de suite à Lajes afin d'y trouver un hôtel pour les deux nuits suivantes. Nous prenons pension au Bela Vista. 
Tant que nous sommes à Lajes, nous jetons un coup de jumelles dans le port et dans les marais littoraux : une aigrette se promène sur les rochers, on y voit aussi quelques goélands et limicoles. En parcourant les ruelles à la recherche de nourriture, nous trouvons un étal de bananes et d'oranges devant un bar ; les bananes feront notre dessert...
Puis c'est parti pour le tour oriental de l'île. Nous faisons quelques arrêts en bord de mer puis au phare de Ponta da Ilha, la pointe la plus à l'est. A Calheta de Nesquim, nous quittons la grande route pour les chemins entre les vignes et les plantations de bananiers et d'ignames. C'est à Santo Amoro que nous déballons notre pique-nique (du pain, du fromage local, du jambon local et les bananes), sur une petite plage de sable noir. L'arrivée d'une averse nous contraint à une délocalisation dans la voiture... Il faisait très beau ce matin, mais ça s'est bien couvert depuis. Enfin, "très beau"... Suffisamment beau pour visiter l'île en voiture car nce que nous avions prévu pour aujourd'hui, c'était l'ascension du Pico, le plus haut sommet de l'île. Mais la montagne est à nouveau plongée dans le brouillard...

Malgré tout, nous décidons de poursuivre notre exploration par les hauteurs : notre guide ornithologique des archipels de l'Atlantique nous indique que plusieurs lacs sont des spots d'observation intéressants. 
Mais plus nous montons, plus le brouillard devient épais, parfois même pluvieux : nous voyons tout juste le bas-côté. Quant aux lacs en contrebas de la route, on n'en discerne même pas les contours. Nous renonçons à atteindre le Laje, un sommet totalement invisible. A chaque col, la voiture est balayée par des rafales de vent. Nous ne sommes pas rassurés. Nous garons finalement la voiture pour tenter de repérer le Lagoa do Paul à pied. Il n'est pas question que nous nous quittions de vue un instant dans cette brume dense. Heureusement, nous apercevons la berge du lac avant d'avoir posé un pied dedans. Mais bien sûr, impossible d'y observer un oiseau. Trop gris, trop blanc, trop cotonneux. 
Plus loin, quand nous arrivons à proximité de quelque chose qui doit être la rive du Lagoa do Caiaco, nous renonçons à descendre de la voiture ; nous nous sommes assez mouillés lors de la tentative de sortie précédente. 

Toujours dans le brouillard, nous filons (façon de parler) jusqu'à São Roque. Là-bas, sur la côte nord, il faut plus clair, mais il pleut franchement : on ne peut pas tout avoir. Nous passons à la poste acheter quelques timbres, ce qui est l'occasion d'une première conversation entièrement en portugais (ça ne va pas chercher loin, mais c'est toujours ça !). Ensuite, nous visitons le musée de l'industrie baleinière, installé dans une ancienne usine de traitement des baleines. Aux XVIIIème et XIXème siècles, la chasse à la baleine et l'industrie baleinières étaient des activités majeures aux Açores, en particulier à Pico. La visite est très instructive ; nous découvrons que, dans la baleine, tout est bon : on en tirait de l'huile, de la farine, des engrais... 

Pas encore guéris du brouillard, nous décidons d'y retourner, direction la Furna de Frei Matias. Sur Terceira, les sites de "furnas" correspondaient à des fumeroles, mais ici, nous n'en trouvons pas. Nous finissons par comprendre que la Furna est constituée de trois petites cheminées volcaniques au milieu d'un pré. Nous grimpons jusqu'à un des cratères, un trou encombré de végétation, mais bel et bien un trou. C'est impressionnant !

Nous profitons du retour vers Lajes pour passer au départ du sentier de randonnée qui grimpe au sommet du Pico, puisque c'est notre objectif de demain. Si le temps le permet.
Nous longeons ensuite la côte sud, bien dégagée. A São Caetano comme à São João, ce sont encore des Puffins cendrés que nous observons. 
De retour à Lajes, nous prenons possession de notre chambre, "la plus belle de l'hôtel" précise la réceptionniste, avec une terrasse privative qui donne une superbe vue sur la mer, les puffins et le Pico. Nous ignorons le prix d'un tel logement, espérant juste qu'il soit inférieur à 80€...

Nous dînons au restaurant Lagoa d'un délicieux poisson grillé choisi dans le saloir. Au moment de payer l'addition, le patron, qui parle français, nous propose un verre de liqueur de mûre. "Vous nous l'offrez?" "Oui, oui !" répond-il. Nous goûtons. Ma foi, c'est fort, mais ça se laisse boire ! Antoine lui dit alors que nous sommes un peu habitués aux alcools forts car nous habitons près de Cognac. Ah ! Qu'est-ce qu'il ne fallait pas dire ! Il nous apporte alors une eau-de-vie de cannelle !! Cette fois, ça chauffe bien le gosier, heureusement que nous rentrons à l'hôtel à pied !

Samedi 3 mai : le Pico !

A notre réveil, le ciel est bien dégagé, le sommet du Pico est entièrement visible. Puis une couronne de nuages se forme qui nous fait craindre l'arrivée d'un brouillard aussi dense qu'hier. Tant pis, nous tentons l'ascension du Pico aujourd'hui, quitte à redescendre dans le brouillard. 
Après avoir cherché en vain dans plusieurs magasins, nous trouvons enfin du pain (et des petits déj' !) dans une boulangerie à la sortie de Lajes. Il est vrai qu'il est un peu tôt, nous voulons être vers 8h au départ du sentier. Comme il fait beau, nous décidons d'emprunter la route du plateau, que nous commençons à bien connaître pour l'avoir fréquentée par temps de brouillard. Eh bien, c'est un paysage totalement inconnu que nous découvrons : anciennes cheminées dans les prés, lave végétalisée, roches volcaniques...

A 8h30, nous sommes au pied du Pico. Il nous faut d'abord remplir les formalités de sécurité : au refuge de départ, nous devons compléter un formulaire avec nos noms et âges, l'immatriculation de la voiture (au cas où elle resterait toute seule le soir sur le parking), notre heure de départ, notre heure prévue de retour, etc ; puis visionner un film qui rappelle les règles de sécurité. On nous fournit un téléphone d'urgence qui nous relie au refuge et aux pompiers, au cas où. Si nous tardons trop à revenir, c'est le refuge qui nous appellera. 
Enfin, nous partons. Le chemin est très bien balisé grâce à des piquets blancs repérables dans le brouillard. Impossible de se perdre ! Il ne vaut mieux pas car, entre les buissons le long du chemin, nous apercevons parfois des trous, orifices d'anciens conduits volcaniques... Plus loin, une ancienne cheminée dans laquelle on peut pénétrer : le trou que j'y vois est tout simplement sans fond. Restons sur le sentier, c'est mieux !

L'ascension se poursuit entre les buissons, sur les dalles de basalte et dans les éboulis. Peu à peu, les buissons se raréfient puis disparaissent. Nous croisons des fumeroles qui s'échappent du sol. Cela nous donne l'idée d'un reportage pour TV-Crête, la filiale internationale de Radio-Crête. Je précise aux non-initiés que Radio-Crête est une station créée à l'occasion de vacances en famille à la montagne, et dont mon beau-frère François est un important contributeur. Or, nous logerons chez Marie et lui le soir de notre retour, et ça sera le jour de son anniversaire... Nous pressentons que ce petit cadeau de notre invention sera l'occasion de bien rire !
Nous atteignons un plateau qui est en fait un caldeira formée par la première éruption du volcan Pico. Nous grimpons toujours et arrivons bientôt au bord de la deuxième caldeira, dont les remparts abrupts sont impressionnants. Il y a beaucoup de vent et il ne fait pas chaud du tout. Déjà, en montant, nous avons vu plusieurs zones encore gelées et quelques névés. 

Le balisage s'arrête aux remparts, mais il reste encore le cône final à gravir, le Piquinho. Nous apprendrons à notre retour en France que l'ascension du Piquinho est interdite. Trop dangereuse. Sans balisage, nous ne savons pas trop par où passer. Nous apercevons bien quelques grimpeurs, mais déjà assez haut. Le vent est cinglant ; nous partons sur la droite afin de nous en protéger et nous nous retrouvons à gravir une pente abrupte parsemée de trous noirs d'où s'échappent des fumeroles... Cette voie sera dénommée par la suite la "Jolly directissime". Les éboulis, mais surtout le vent, rendent l'équilibre précaire. 

11h50 : nous sommes au sommet !! Le vent est fort, mais la vue est imprenable ! Sur l'île de Pico elle-même, mais aussi sur les îles voisines de São Jorge et Faial. Il y a déjà pas mal de monde en haut : des Français et des Allemands notamment, souvent des groupes accompagnés par un guide açorien. Le temps de pique-niquer, de filmer une séquence de reportage pour TV-Crête (une fois que les Français sont partis), et c'est la descente. Par le vrai sentier, cette fois.
De retour à l'extérieur de la caldeira, il y a beaucoup moins de vent, il fait même chaud par endroit ; nous filons à vive allure. Si bien que, pendant les jours qui suivront, nous en subirons les courbatures... 

En bas du Pico, le temps est toujours aussi beau. Nous partons vers les lacs entraperçus hier. Et là, sans le brouillard, c'est tout un paysage qui se découvre à nous : des cheminées partout, des cratères écroulés, et toujours cette sorte de maquis. Nous faisons halte au Lagoa de Capitão, où les jeunes goélands volent en tous sens, puis au Lagoa do Caiato. Mais là, nous nous endormons dans la voiture. Quand nous rouvrons les yeux, il est 17h15, trop tard pour aller au musée des baleiniers de Lajes. Dommage, cette visite aurait bien complété celle d'hier au musée de l'industrie baleinière. 

Nous continuons notre route par la plateau, histoire de voir le paysage, pas seulement le brouillard. 
De retour à Lajes, nous prenons le temps d'observer les puffins depuis la digue, puis de faire quelques emplettes dans une boutique de souvenirs. Nous dînons dans le même restaurant qu'hier soir, le Lagoa, d'un menu gastronomique qui revisite les plats traditionnels de Pico : igname, omelette, algues, encornet, banane, citron. C'est dé-li-cieux !!
Nous arrosons ce repas d'un vin de Pico, le Terras de Lava rouge. Ce n'est pas du tout la piquette que nous craignions : il est un peu vert, mais fruité, pas râpeux du tout et long en bouche. Nous avons déjà goûté d'autres vins de Pico, le Frei Giganti blanc, et surtout le Terras de Lava blanc, que nous avons beaucoup aimé. Un peu verts, eux aussi, mais très fruités pour des demi-secs.
Le patron nous propose à nouveau un digestif, mais nous sommes suffisamment claqués par l'ascension du Pico, ce n'est pas la peine d'en rajouter ! 

Sur le chemin du retour vers l'hôtel, nous entendons des bruits très bizarres : ce sont les cris des Puffins cendrés qui survolent la ville. Ils vont sûrement rejoindre leurs nids construits dans les hauteurs de l'île. La nuit dernière, Antoine a été tenu éveillé par ces drôles de criaillements, qu'il a pris pour des miaulements de chats en colère. Nous tenons l'explication ! Il aurait sans doute mieux dormi s'il avait su que ces cris étaient poussés par des oiseaux...
Du coup, nous faisons un détour sur le front de mer pour observer et écouter ces puffins. Nous passons encore un bon moment à les guetter depuis notre terrasse personnelle. Ce ballet au-dessus de nos têtes a quelque chose de fascinant...

Dimanche 4 mai : de Lajes à Ponta Delgada

Ce matin, nous quittons Lajes do Pico. Nous suivons la côte sud jusqu'à Madalena en nous arrêtant aux endroits stratégiques pour observer quelques oiseaux. Nous cherchons en vain des Sternes de Dougall qui nicheraient sur un îlot face à Madalena. Dans le port, le Fuligule milouinan est toujours là. Nous continuons à suivre la côte, ouest cette fois, et pique-niquons un peu à l'abri sous les tamaris, comme des touristes pas pressés que nous sommes. 

Nous nous enfonçons ensuite dans les terres afin de visiter la grotte volcanique appelée Grutas das Torres dès l'ouverture, à 14h30. Ca nous laissera le temps de visiter tranquillement les tunnels de lave vantés par le Petit Futé avant de rejoindre l'aéroport. 
Heureusement que nous nous y sommes pris à l'avance : nous tournons pendant trois quarts d'heure sur des petites routes pas mentionnées sur la carte, en suivant à chaque carrefour des indications pour le moins obscures : à gauche, "longitudinale" (OK, c'est la grande route qui traverse l'île, la route du plateau que nous connaissons bien), à droite, "serra" (= montagne), tout droit, "serra" (même chose). Allez vous repérer avec ça !
14h15 : à force de tourner, nous sommes devant l'entrée de la grotte. Elle est évidemment fermée, elle ouvre à 14h30, a dit le Petit Futé. Il a précisé : ouverte uniquement le week-end, fermée en semaine. En attendant l'ouverture, je lis le panneau affiché sur le portail. Et là, oh surprise : "La grotte est ouverte du lundi au vendredi, elle est fermée le samedi et le dimanche" !! Nous rageons contre le désormais "Pas Futé" : nous aurions aussi bien pu venir ici vendredi, quand il faisait un temps affreux...
Comme il nous reste maintenant beaucoup de temps avant de prendre l'avion, nous marchons entre les murets et les prés, dans la garrigue açorienne.

A l'aéroport, nous avons droit à une petite frayeur : le guichet de location de voitures est fermé ! Nous avions pourtant convenu d'un rendez-vous à 16h avec la dame. Il est 16h15, serions-nous arrivés trop tard ?? Heureusement, elle arrive peu après, tout s'arrange. En réalité, nous avions largement le temps avant l'embarquement, d'autant plus que notre avion est (encore et toujours) en retard. 
Peu de temps après, nous revoilà sur l'île de São Miguel, à l'aéroport Jean-Paul II de Ponta Delgada. Notre nouveau véhicule, une Toyota Aygo, nous amène en ville. Car cette fois, c'est bien d'une ville qu'il s'agit, pas juste d'un bourg. 

Nous trouvons rapidement un hôtel, en plein centre, avant de flâner sur le front de mer et la marina tout en prenant quelques photos, en vrais touristes que nous sommes. C'est là que nous trouvons à dîner, hellés par le serveur d'un des nombreux restaurants qui bordent le port. 
Nous poursuivons la flânerie une fois la nuit tombée. Un peu plus loin, un groupe folklorique se produit à l'entrée d'un petit restaurant. Leurs musiques et leurs danses sont très gaies, joyeuses ; ça donne envie de danser, nous aussi ! 

Les rues du centre, par lesquelles nous passons pour rentrer à l'hôtel, sont bien moins animées mais tout aussi typiques de l'urbanisme des Açores avec leurs trottoirs pavés de noir et de blanc. Dans chaque rue, les motifs sont différents, ce qui peut servir de repère aux touristes un peu égarés... Généralement, les motifs sont géométriques, mais une des rues proches de la cathédrale est ornée d'ananas bien reconnaissables. A São Roque de Pico, c'étaient des cachalots que nous avions admirés.

Lundi 5 mai : sur São Miguel

Nous n'avons qu'aujourd'hui pour visiter l'île de São Miguel ; comme elle est plus grande que Pico et Terceira, nous ne pourrons pas en faire le tour complet. Nous avons donc décidé de partir dans l'est de l'île, où vit le priolo, le rarissime Bouvreuil des Açores, et où nous devrions trouver des phénomènes volcaniques intéressants. Nous sommes frustrés de volcanisme depuis que nous avons trouvé la grotte fermée, sur Pico. 
Au petit déjeuner, du thé des Açores nous est proposé, nous espérons donc en voir des plantations en cours de route. 

Ponta Delgada et sa banlieue formant une agglomération assez vaste, nous mettons du temps à en sortir. Nous faisons une première étape au Lagoa do Foco, un lac qui occupe la caldeira d'un ancien volcan. Il est plutôt joli vu d'au-dessus. Enfin, jusqu'au moment où des nuages surviennent ! Du coup, il n'y a plus rien à voir. Nous continuons par la route qui traverse la montagne afin d'atteindre la voie rapide. 
Le terme "voie rapide" est relatif à l'ensemble du réseau routier des Açores. Tantôt 4 voies, tantôt 2 voies, tantôt même 3 voies avec la voie du milieux commune aux deux sens de circulation... Brrrrr !!! Mais cette route a l'avantage de franchir les vallées profondes qui découpent le paysage au lieu de les contourner comme le font les autres routes. Là, nous découvrons les fameuses plantations de thé : des champs de buissons alignés et taillés au droit. 

La deuxième étape a lieu à Vila do Nordeste, la principale bourgade du nord-est de l'île, le "Nordeste", un coin assez sauvage et isolé. Nous y trouvons une épicerie où faire les courses pour le pique-nique et acheter des petites boîtes de thé des Açores. 
Comme tous les villages et villes des Açores, Vila do Nordeste est bourrée de sens interdits, ce qui nous oblige à y tourner un peu avant de trouver à se garer puis avant de parvenir à en sortir ("on sait quand ça rentre, on sait pas quand ç'Açores").

Nous montons ensuite vers la montagne et le parc régional où se trouvent les derniers priolos. Nous tendons l'oreille et écarquillons l'oeil pendant près de quatre heures en vain. Ou presque : nous avons entendu plusieurs fois un cri qui s'avèrera être effectivement celui du Bouvreuil des Açores. Mais nous n'avons jamais réussi à apercevoir la bestiole en question. 
Au cours de ces quatre heures de prospection, nous avons aussi pique-niqué au coeur de la forêt de conifères (des thuyas) typique des Açores, la Laurel Forest ("Il faut être bien hardi pour aller dans la Laurel Forest"). Nous avons aussi trouvé le centre d'interprétation du priolo, dont nous aurions pu nous contenter. Mais il est fermé le lundi. Décidément ! Autour, un joli parc a été aménagé, avec des chemins qui serpentent dans les bois

De retour à la voiture, nous prenons la route du sud, en direction de Povoação, afin de passer au Lagoa das Furnas. Nous nous arrêtons à Furnas, une ville où il y a de nombreuses sources d'eau chaude plus ou moins soufrée. Des panaches de vapeur sortent de partout, l'eau jaillit en bouillonnant de trous plus ou moins visibles. Même les bouches d'égouts fument ! Des fontaines laissent couler une eau fraîche ; nous en goûtons mais le goût est tellement bizarre que nous la recrachons aussitôt. Derrière nous, un monsieur vient remplir une bouteille : ça ne doit pas être si mauvais que ça...
Nous quittons Furnas pour son lac, assez grand. Là encore, il y a des fumeroles et des sources d'eau chaude. Au-dessus de certaines, ça ne sent vraiment pas bon. Au lagoa, nous regardons les oiseaux présents, surtout des colverts et autres canards un peu dégénérés, des sternes et une aigrette. 

C'est alors que nous sommes interpelés par trois dames, moitié en anglais, moitié en portugais : "Voulez-vous voir de la cuisine sur une caldeira ?" Nous avions lu un article à ce propos dans le Petit Futé. Alors oui, nous allons voir. L'une des dames, Ana, habite ici à Furnas, les deux autres sont des amies à elle, des Américaines. Maria est née aux Açores mais vit maintenant à Boston. Nous avions lu que beaucoup d'Açoriens émigraient aux Etats-Unis, nous en avons un témoignage supplémentaire ce soir. 
Ana va chercher une bêche cachée derrière des arbres puis s'active autour d'une motte de terre qui fume. Elle découvre un couvercle de bois et le soulève. Il recouvrait une tube vertical cimenté. Elle tire ensuite une corde grâce à laquelle elle remonte un fait-tout. Elle l'ouvre devant nous et nous révèle son contenu : patates, patates douces, ignames, choux, porc, chorizo, poulet... Le tout cuit à la vapeur du volcan !! Temps de cuisson : 7 heures. Ce n'est pas un repas pour gens pressés. Et là, toujours en anglo-portugais : "Voulez-vous venir dîner avec nous ?" Il est 18h30, mais nous n'hésitons que le temps de chercher comment dire "on ne voudrait quand même pas vous gêner", mais comme c'est trop compliqué pour nous en anglais : "Oh, eh bien, d'accord !" "Alors, suivez-nous !" 

Et c'est parti ! Nous suivons la voiture d'Ana sur des petites routes qui nous ramènent à Furnas, petites routes également empruntées par un troupeau de vaches que dirige avec plus ou moins de succès le klaxon du pick-up qui les suit. Ambiance locale ! 
Nous arrivons à la maison, saluons les maris de ces dames ; tout cela est très bon enfant, très naturel : "Des invités français ? Pas de problème !" On nous demande nos noms, on nous fait asseoir, puis la conversation s'engage, toujours moitié en portugais, moitié en anglais, avec un peu de français de temps en temps. En effet, beaucoup de Portugais ont appris le français à l'école.
La conversation roule sur des sujets variés : d'où on vient, quelles îles on a vues, le foot et la Coupe du Monde (Pauleta, ancien joueur de Bordeaux puis du PSG, est né à São Miguel), leurs voyages en France et en Belgique, la vie à Boston (Maria y accueille des étudiants étrangers) et l'attentat de 2013 pendant le marathon, la vie au Portugal, etc. 
Berta, la sympathique fille d'Ana, 20-25 ans environ, est arrivée entre temps. Elle nous explique qu'après un bac+5 en géothermie, elle travaille pour un centre d'expertise et gagne... 540 € par mois !! C'est peu, mais c'est déjà bien d'avoir du travail quand 30 % des jeunes sont au chômage...
La conversation nous entraîne à parler anglais et à comprendre le portugais. Nous apprenons que la soeur d'Ana est la présentatrice du JT de l'unique chaîne de télévision açorienne. Justement, il est 20h, on allume la télé et la voilà qui passe à l'écran !

La concentration indispensable à la conversation ne nous empêche pas d'apprécier le repas mijoté dans la vapeur du volcan : à la première bouchée, les légumes ont bien un goût de volcan, ça ressemble à l'odeur des fumeroles respirées dans l'après-midi. Mais c'est délicieux ! Il y en avait bien pour 20 personnes, notre présence ne prive aucun des autres convives. 
Nous goûtons d'autres mets confectionnés par Ana : un genre de feuilleté, des gâteaux typiques, un pain au maïs local, de l'orangeade gazeuse produite dans le coin avec de l'eau de source de Furnas, du fromage de São Miguel et un autre de São Jorge, le tout accompagné de vin rouge, sans doute lui aussi local. Et pour finir, des ananas et des fraises poussées (sous serres) à São Miguel ! Quel repas, quelle soirée !!

Et ce n'est pourtant pas fini ! Vers 21h30, Berta nous invite à aller voir la plage, splendide apparemment. OK ! Nous quittons la tablée et surtout Ana qui nous offre un pain pita sucré de sa fabrication et trois oranges de son arbre. Nous échangeons nos adresses mail puis nous embarquons dans la voiture de Berta, direction la plage de Ribeira Quente.

Si la plage est magnifique, nous dit Berta, la route qui y mène ne l'est pas moins : elle passe dans des gorges, près de cascades, sous des tunnels... En anglais, qu'elle parle très bien car, au Portugal, aucun film n'est doublé, Berta nous explique que Riberira Quente a subi un important glissement de terrain en 1997, suite à de grosses pluies : il y a eu 30 morts dans ce village qui ne compte que 400 habitants. La catastrophe est donc toujours dans les esprits.
Nous arrivons à la plage. L'eau y est tiède grâce à des résurgences d'eau chaude. Quant au sable, c'est une fine poudre noire, ce qui pose problème l'été car le basalte est réfractaire : le sable devient brûlant, il faut courir pour traverser la plage et aller se baigner !

Berta nous ramène dans le bourg de Furnas, voir les sources d'eau chaude. Il y en a 22, toutes de goûts différents, plus ou moins agréables, plus ou moins chaudes. L'eau qui sort de certaines sources est même brûlante, les habitants de Furnas viennent parfois y faire directement du thé ou du café ! Dans un endroit, les trois sources qui coulent côte à côte ont une température tout à fait différente, c'est étonnant.
Berta nous fait goûter l'eau de quelques sources. Ce sont des sources gazeuses, à cause du volcanisme, ce qui explique le goût bizarre et piquant. Maintenant que nous savons que cette eau est potable, nous la trouvons assez bonne (moi, en tout cas).
Elle nous emmène ensuite au bord de la rivière (froide), à un endroit où se trouve un bassin d'eau brûlante. Nous nous y trempons les pieds, comme cela se fait à Furnas. C'est très chaud, mais on finit par ne plus tellement le sentir, du moins tant qu'on ne remue pas les pieds. Après plusieurs minutes de "cuisson", nous plongeons nos pieds dans la rivière fraîche : comme dit Berta, on a l'agréable impression de voler ! Les pieds en redemandent !! De retour en France, après une randonnée éprouvante pour les pieds, je repenserai avec délice (et envie) à cette sensation de légèreté...

Berta regrette de ne pas pouvoir nous emmener ailleurs, elle aurait encore tant de choses à nous montrer à Furnas. Malheureusement, il est déjà tard. Elle nous guide pour sortir de la ville en voiture puis nous prenons la route de Ponta Delgada, entre les montagnes. 

De retour à notre hôtel, la rédaction des traditionnelles cartes postales clôt de façon triviale cette soirée extraordinaire et mémorable.

Mardi 6 mai : de Ponta Delgada à Lisbonne

Ce matin, nous partons de Ponta Delgada. Petit déj' à 7h30, plein d'essence, dépôt de la voiture, enregistrement des bagages, formalités, et nous voilà dans l'avion. Nous atterrissons à Lisbonne (Lisboa en portugais) vers 13h30 heure locale. 

Nous avons réservé un hôtel la veille au soir par internet, nous nous y rendons sacs sur le dos. Ils nous paraissent très lourds maintenant. Pourtant, à part les bouteilles de vin de Pico et la nourriture, nous n'avons pas grand chose de plus qu'à l'aller... 
Mais le plus difficile, c'est de retrouver la vie urbaine après huit jours passé sur des îles sauvages. La ville est bruyante, poussiéreuse, partout en travaux, pleine de gens qui circulent dans tous les sens... En plus, il fait très chaud par rapport aux Açores : un thermomètre de magasin affiche 31°C !! En cet instant, nous avons envie de quitter Lisbonne le plus vite possible. Malheureusement, l'avion qui nous ramènera à Nantes ne décolle que demain après-midi. Nous allons pouvoir découvrir cette ville qui ne nous plaît qu'à moitié. 

Histoire de retrouver un coin de verdure, nous commençons par pique-niquer dans un grand parc près de la place du marquis de Pombal (un nom à retenir, nous le retrouverons souvent). Nous avons une petite pensée pour Ana puisque c'est son pain sucré que nous dégustons en dessert. 
La visite se poursuit à l'Estufa Fria, un ensemble de serres plus ou moins chaudes qui contiennent de nombreuses plantes exotiques. Nous en reconnaissons beaucoup qui poussent de manière sauvage aux Açores. 
Nous descendons ensuite vers la mer et le centre historique. Lisbonne est une ville bâtie sur des collines, au bord du Tage. Elle a été détruite en grande partie par un tremblement de terre en 1755, si bien qu'il ne reste pas beaucoup de bâtiments plus anciens. Et c'est le marquis de Pombal, premier ministre du roi Joseph Ier, qui a fait reconstruire la ville. Alors quand on parle de "centre historique", il s'agit d'un quartier formé de rues à angles droits datant de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, la Baixa (= ville basse). 
En chemin, nous entrons dans trois églises, toutes datées du XVIème siècle et toutes configurées de la même façon, avec des peintures plus ou moins réussies. La population portugaise est très pratiquante, et dans toutes les églises, des gens sont agenouillés en train de prier. 

La place principale du "front de fleuve" est le Terreiro do Paço, une grande place au centre de laquelle trône une statue, comme sur la plupart des places de Lisbonne. Ici, c'est une statue équestre de Joseph Ier (encore lui). 
Depuis le Terreiro do Paço, nous voyons défiler trois paquebots, le Queen  Mary II, le Queen Elizabeth et le Queen Victoria : les chantiers de l'Atlantique sont à l'honneur aujourd'hui à Lisbonne ! 
La place est survolée par des Martinets noirs. A force de scruter le ciel, nous finissons par repérer quelques Martinets pâles. 

Il y a du vent et nous nous sommes couverts pour 31°C, pas pour les courants d'air. En plus, le décalage horaire se fait sentir sur nos estomacs. Dans la rue principale de la Baixa, il y a de nombreux restaurants ; nous dînons dans un petit resto tenu par des Indiens ou des Pakistanais. Le poisson grillé n'est pas mauvais, mais il lui manque une petite saveur açoriennne...

Mercredi 7 mai : de Lisbonne à Nantes

Aujourd'hui, nous n'avons pas d'avion à prendre tôt, pas d'île à explorer, juste une ville à découvrir. Nous prenons donc le temps de dormir jusqu'à 8h30. Nous bouclons les sacs, les laissons à la réception, et c'est parti. 

Comme notre plan de ville est approximatif, nous nous perdons un peu dans les petites rues tortueuses en allant au Castelo São Jorge. Cela nous permet de découvrir des rues sans doute plus typiques de Lisbonne que celles de la Baixa, moins touristiques. Il s'agit en fait d'un des anciens quartiers rescapés du tremblement de terre de 1755. Nous y voyons des façades en azulejos (carreaux de faïence peinte) un peu cassés, du linge aux fenêtres, beaucoup de gens dans les rues, des épiceries partout... L'ambiance est quasi-méditerranéenne, voire un peu méditerranéenne du sud (ça nous rappelle la Tunisie). 

Nous longeons la ligne du funiculaire, ce funiculaire jaune caractéristique de Lisbonne qui grimpe à l'assaut des collines. La suite du parcours est une série d'ascensions et de descentes avant d'arriver sur la "bonne" colline, celle surmontée par le Castelo São Jorge.
Ce site a été occupé dès le VIIème siècle av.J.C., puis par les Romains. Le château a d'abord été construit par les Maures puis très remanié après la prise de Lisbonne par Afonso Henriques, premier roi du Portugal, en 1147. Ce qu'on en voit aujourd'hui, ce sont les vestiges d'une belle forteresse des XIIème-XIIIème siècles, avec des remparts, des chemins de ronde et des escaliers dans toutes les sens. Un vrai labyrinthe ! 
La visite se poursuit par le site archéologique. On y découvre un emplacement daté de l'Âge du Fer (VIIIème-IIIème siècle av.J.C.), des maisons de l'époque des Maures, avec des pièces agencées autour d'une cour centrale, et les vestiges du palais épiscopal des XVIème-XVIIIème siècles. 
Après un déjeuner rapide au snack du Castelo, nous entrons dans le musée archéologique, où sont exposés céramiques, pièces et autres objets découverts sur le site. Tout cela est fort intéressant, si bien que nous ne quittons le Castelo São Jorge qu'à 15h passées. 

Nous traversons ensuite la Baixa, puis passons à côté du célèbre elevador de Santa Justa (nous renonçons à l'emprunter quand nous voyons la quantité de gens qui y font la queue) pour rejoindre l'ancien couvent des Carmes, sur une autre colline.
Toute la nef y est en ruines (souvenir du tremblement de terre de 1755). C'est le musée lapidaire de Lisbonne, rempli de chapiteaux, pierres tombales, tombes tout court et autres poteries trouvés dans la ville depuis l'Âge du Bronze. On y voit des tombeaux de rois et reines du Portugal, un sarcophage égyptien de l'époque lagide et même deux  momies incas tout droit venues du Pérou : impressionnant !

16h15 : il est temps de revenir à l'hôtel. Nous y récupérons nos sacs, puis prenons le métro pour rallier l'aéroport. Une fois sur place, il nous faut un bon moment pour comprendre que nous devons prendre un bus pour rejoindre le terminal 2, d'où nous décollerons. Il y a beaucoup de monde, surtout des Français. 
19h40 : nous décollons du Portugal. Finalement, nous avons été contents de passer cette journée à Lisbonne. Ca vaudrait le coup d'y revenir un jour. Quand la ville sera terminée... 

22h40 : Marie nous récupère à l'aéroport de Nantes et nous ramène chez elle à Rezé. Ce soir, François fête son anniversaire ; ça va être le moment de lui montrer notre reportage pour TV-Crête...