Nous n'avons qu'aujourd'hui pour visiter l'île de São Miguel ; comme elle est plus grande que Pico et Terceira, nous ne pourrons pas en faire le tour complet. Nous avons donc décidé de partir dans l'est de l'île, où vit le priolo, le rarissime Bouvreuil des Açores, et où nous devrions trouver des phénomènes volcaniques intéressants. Nous sommes frustrés de volcanisme depuis que nous avons trouvé la grotte fermée, sur Pico.
Au petit déjeuner, du thé des Açores nous est proposé, nous espérons donc en voir des plantations en cours de route.
Ponta Delgada et sa banlieue formant une agglomération assez vaste, nous mettons du temps à en sortir. Nous faisons une première étape au Lagoa do Foco, un lac qui occupe la caldeira d'un ancien volcan. Il est plutôt joli vu d'au-dessus. Enfin, jusqu'au moment où des nuages surviennent ! Du coup, il n'y a plus rien à voir. Nous continuons par la route qui traverse la montagne afin d'atteindre la voie rapide.
Le terme "voie rapide" est relatif à l'ensemble du réseau routier des Açores. Tantôt 4 voies, tantôt 2 voies, tantôt même 3 voies avec la voie du milieux commune aux deux sens de circulation... Brrrrr !!! Mais cette route a l'avantage de franchir les vallées profondes qui découpent le paysage au lieu de les contourner comme le font les autres routes. Là, nous découvrons les fameuses plantations de thé : des champs de buissons alignés et taillés au droit.
La deuxième étape a lieu à Vila do Nordeste, la principale bourgade du nord-est de l'île, le "Nordeste", un coin assez sauvage et isolé. Nous y trouvons une épicerie où faire les courses pour le pique-nique et acheter des petites boîtes de thé des Açores.
Comme tous les villages et villes des Açores, Vila do Nordeste est bourrée de sens interdits, ce qui nous oblige à y tourner un peu avant de trouver à se garer puis avant de parvenir à en sortir ("on sait quand ça rentre, on sait pas quand ç'Açores").
Nous montons ensuite vers la montagne et le parc régional où se trouvent les derniers priolos. Nous tendons l'oreille et écarquillons l'oeil pendant près de quatre heures en vain. Ou presque : nous avons entendu plusieurs fois un cri qui s'avèrera être effectivement celui du Bouvreuil des Açores. Mais nous n'avons jamais réussi à apercevoir la bestiole en question.
Au cours de ces quatre heures de prospection, nous avons aussi pique-niqué au coeur de la forêt de conifères (des thuyas) typique des Açores, la Laurel Forest ("Il faut être bien hardi pour aller dans la Laurel Forest"). Nous avons aussi trouvé le centre d'interprétation du priolo, dont nous aurions pu nous contenter. Mais il est fermé le lundi. Décidément ! Autour, un joli parc a été aménagé, avec des chemins qui serpentent dans les bois.
De retour à la voiture, nous prenons la route du sud, en direction de Povoação, afin de passer au Lagoa das Furnas. Nous nous arrêtons à Furnas, une ville où il y a de nombreuses sources d'eau chaude plus ou moins soufrée. Des panaches de vapeur sortent de partout, l'eau jaillit en bouillonnant de trous plus ou moins visibles. Même les bouches d'égouts fument ! Des fontaines laissent couler une eau fraîche ; nous en goûtons mais le goût est tellement bizarre que nous la recrachons aussitôt. Derrière nous, un monsieur vient remplir une bouteille : ça ne doit pas être si mauvais que ça...
Nous quittons Furnas pour son lac, assez grand. Là encore, il y a des fumeroles et des sources d'eau chaude. Au-dessus de certaines, ça ne sent vraiment pas bon. Au lagoa, nous regardons les oiseaux présents, surtout des colverts et autres canards un peu dégénérés, des sternes et une aigrette.
C'est alors que nous sommes interpelés par trois dames, moitié en anglais, moitié en portugais : "Voulez-vous voir de la cuisine sur une caldeira ?" Nous avions lu un article à ce propos dans le Petit Futé. Alors oui, nous allons voir. L'une des dames, Ana, habite ici à Furnas, les deux autres sont des amies à elle, des Américaines. Maria est née aux Açores mais vit maintenant à Boston. Nous avions lu que beaucoup d'Açoriens émigraient aux Etats-Unis, nous en avons un témoignage supplémentaire ce soir.
Ana va chercher une bêche cachée derrière des arbres puis s'active autour d'une motte de terre qui fume. Elle découvre un couvercle de bois et le soulève. Il recouvrait une tube vertical cimenté. Elle tire ensuite une corde grâce à laquelle elle remonte un fait-tout. Elle l'ouvre devant nous et nous révèle son contenu : patates, patates douces, ignames, choux, porc, chorizo, poulet... Le tout cuit à la vapeur du volcan !! Temps de cuisson : 7 heures. Ce n'est pas un repas pour gens pressés. Et là, toujours en anglo-portugais : "Voulez-vous venir dîner avec nous ?" Il est 18h30, mais nous n'hésitons que le temps de chercher comment dire "on ne voudrait quand même pas vous gêner", mais comme c'est trop compliqué pour nous en anglais : "Oh, eh bien, d'accord !" "Alors, suivez-nous !"
Et c'est parti ! Nous suivons la voiture d'Ana sur des petites routes qui nous ramènent à Furnas, petites routes également empruntées par un troupeau de vaches que dirige avec plus ou moins de succès le klaxon du pick-up qui les suit. Ambiance locale !
Nous arrivons à la maison, saluons les maris de ces dames ; tout cela est très bon enfant, très naturel : "Des invités français ? Pas de problème !" On nous demande nos noms, on nous fait asseoir, puis la conversation s'engage, toujours moitié en portugais, moitié en anglais, avec un peu de français de temps en temps. En effet, beaucoup de Portugais ont appris le français à l'école.
La conversation roule sur des sujets variés : d'où on vient, quelles îles on a vues, le foot et la Coupe du Monde (Pauleta, ancien joueur de Bordeaux puis du PSG, est né à São Miguel), leurs voyages en France et en Belgique, la vie à Boston (Maria y accueille des étudiants étrangers) et l'attentat de 2013 pendant le marathon, la vie au Portugal, etc.
Berta, la sympathique fille d'Ana, 20-25 ans environ, est arrivée entre temps. Elle nous explique qu'après un bac+5 en géothermie, elle travaille pour un centre d'expertise et gagne... 540 € par mois !! C'est peu, mais c'est déjà bien d'avoir du travail quand 30 % des jeunes sont au chômage...
Berta, la sympathique fille d'Ana, 20-25 ans environ, est arrivée entre temps. Elle nous explique qu'après un bac+5 en géothermie, elle travaille pour un centre d'expertise et gagne... 540 € par mois !! C'est peu, mais c'est déjà bien d'avoir du travail quand 30 % des jeunes sont au chômage...
La conversation nous entraîne à parler anglais et à comprendre le portugais. Nous apprenons que la soeur d'Ana est la présentatrice du JT de l'unique chaîne de télévision açorienne. Justement, il est 20h, on allume la télé et la voilà qui passe à l'écran !
La concentration indispensable à la conversation ne nous empêche pas d'apprécier le repas mijoté dans la vapeur du volcan : à la première bouchée, les légumes ont bien un goût de volcan, ça ressemble à l'odeur des fumeroles respirées dans l'après-midi. Mais c'est délicieux ! Il y en avait bien pour 20 personnes, notre présence ne prive aucun des autres convives.
Nous goûtons d'autres mets confectionnés par Ana : un genre de feuilleté, des gâteaux typiques, un pain au maïs local, de l'orangeade gazeuse produite dans le coin avec de l'eau de source de Furnas, du fromage de São Miguel et un autre de São Jorge, le tout accompagné de vin rouge, sans doute lui aussi local. Et pour finir, des ananas et des fraises poussées (sous serres) à São Miguel ! Quel repas, quelle soirée !!
La concentration indispensable à la conversation ne nous empêche pas d'apprécier le repas mijoté dans la vapeur du volcan : à la première bouchée, les légumes ont bien un goût de volcan, ça ressemble à l'odeur des fumeroles respirées dans l'après-midi. Mais c'est délicieux ! Il y en avait bien pour 20 personnes, notre présence ne prive aucun des autres convives.
Nous goûtons d'autres mets confectionnés par Ana : un genre de feuilleté, des gâteaux typiques, un pain au maïs local, de l'orangeade gazeuse produite dans le coin avec de l'eau de source de Furnas, du fromage de São Miguel et un autre de São Jorge, le tout accompagné de vin rouge, sans doute lui aussi local. Et pour finir, des ananas et des fraises poussées (sous serres) à São Miguel ! Quel repas, quelle soirée !!
Et ce n'est pourtant pas fini ! Vers 21h30, Berta nous invite à aller voir la plage, splendide apparemment. OK ! Nous quittons la tablée et surtout Ana qui nous offre un pain pita sucré de sa fabrication et trois oranges de son arbre. Nous échangeons nos adresses mail puis nous embarquons dans la voiture de Berta, direction la plage de Ribeira Quente.
Si la plage est magnifique, nous dit Berta, la route qui y mène ne l'est pas moins : elle passe dans des gorges, près de cascades, sous des tunnels... En anglais, qu'elle parle très bien car, au Portugal, aucun film n'est doublé, Berta nous explique que Riberira Quente a subi un important glissement de terrain en 1997, suite à de grosses pluies : il y a eu 30 morts dans ce village qui ne compte que 400 habitants. La catastrophe est donc toujours dans les esprits.
Nous arrivons à la plage. L'eau y est tiède grâce à des résurgences d'eau chaude. Quant au sable, c'est une fine poudre noire, ce qui pose problème l'été car le basalte est réfractaire : le sable devient brûlant, il faut courir pour traverser la plage et aller se baigner !
Berta nous ramène dans le bourg de Furnas, voir les sources d'eau chaude. Il y en a 22, toutes de goûts différents, plus ou moins agréables, plus ou moins chaudes. L'eau qui sort de certaines sources est même brûlante, les habitants de Furnas viennent parfois y faire directement du thé ou du café ! Dans un endroit, les trois sources qui coulent côte à côte ont une température tout à fait différente, c'est étonnant.
Berta nous fait goûter l'eau de quelques sources. Ce sont des sources gazeuses, à cause du volcanisme, ce qui explique le goût bizarre et piquant. Maintenant que nous savons que cette eau est potable, nous la trouvons assez bonne (moi, en tout cas).
Nous arrivons à la plage. L'eau y est tiède grâce à des résurgences d'eau chaude. Quant au sable, c'est une fine poudre noire, ce qui pose problème l'été car le basalte est réfractaire : le sable devient brûlant, il faut courir pour traverser la plage et aller se baigner !
Berta nous ramène dans le bourg de Furnas, voir les sources d'eau chaude. Il y en a 22, toutes de goûts différents, plus ou moins agréables, plus ou moins chaudes. L'eau qui sort de certaines sources est même brûlante, les habitants de Furnas viennent parfois y faire directement du thé ou du café ! Dans un endroit, les trois sources qui coulent côte à côte ont une température tout à fait différente, c'est étonnant.
Berta nous fait goûter l'eau de quelques sources. Ce sont des sources gazeuses, à cause du volcanisme, ce qui explique le goût bizarre et piquant. Maintenant que nous savons que cette eau est potable, nous la trouvons assez bonne (moi, en tout cas).
Elle nous emmène ensuite au bord de la rivière (froide), à un endroit où se trouve un bassin d'eau brûlante. Nous nous y trempons les pieds, comme cela se fait à Furnas. C'est très chaud, mais on finit par ne plus tellement le sentir, du moins tant qu'on ne remue pas les pieds. Après plusieurs minutes de "cuisson", nous plongeons nos pieds dans la rivière fraîche : comme dit Berta, on a l'agréable impression de voler ! Les pieds en redemandent !! De retour en France, après une randonnée éprouvante pour les pieds, je repenserai avec délice (et envie) à cette sensation de légèreté...
Berta regrette de ne pas pouvoir nous emmener ailleurs, elle aurait encore tant de choses à nous montrer à Furnas. Malheureusement, il est déjà tard. Elle nous guide pour sortir de la ville en voiture puis nous prenons la route de Ponta Delgada, entre les montagnes.
De retour à notre hôtel, la rédaction des traditionnelles cartes postales clôt de façon triviale cette soirée extraordinaire et mémorable.
Berta regrette de ne pas pouvoir nous emmener ailleurs, elle aurait encore tant de choses à nous montrer à Furnas. Malheureusement, il est déjà tard. Elle nous guide pour sortir de la ville en voiture puis nous prenons la route de Ponta Delgada, entre les montagnes.
De retour à notre hôtel, la rédaction des traditionnelles cartes postales clôt de façon triviale cette soirée extraordinaire et mémorable.
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